Un atelier d'écriture ouvert à tous et toutes, les jeudis matin au Gazette café (quartier de la gare)
12 Mars 2026
Je crois qu’au fond de moi, je le savais, au premier regard, c’était clair. Et puis j’avais entendu son petit gloussement, irrésistible, et sa robe colorée qui m’avaient fait un effet dingue. Moi, une oie plutôt abonnée au noir, gris et blanc, cela m’avait tout de suite tapé dans l’œil. Elle s’appelait Daisy. Nous étions tout un groupe depuis plusieurs jours dans ce hameau isolé. Comme rassemblés pour un séminaire de yoga pour canards et canardes en rupture de jeûne. Certains avaient l’air un peu faible, mais j’ai bien vu ce jour-là que le compagnon de Daisy, lui, il battait des ailes à midi et il a même fait une petite chorégraphie pour épater les autres copines... Peut-être voulait-il changer de compagne ? Ça m’arrangeait un peu d’imaginer cela car j’avais vraiment flashé sur Daisy. Ce même après-midi, elle glissait sur l’étang et je voyais bien qu’elle me faisait un ballet séducteur. Quand elle est enfin sortie de l’eau, j’ai osé lui parler. Elle était née dans un coin perdu, non loin de Périgueux et elle voulait y retourner. Alors j’ai échafaudé des plans de fuite, de voyage. Bref, j’ai un peu rêvé, quoi faire pour la séduire. Elle a fini par me confier que son compagnon était assez rustre et même violent.
Une rage m’a pris, et ni une ni deux, ayant quelques notions de mécanique, j’ai volé jusqu’au tracteur et d’un coup de bec j’ai démarré l’engin. J’ai foncé vers le mâle en voulant surtout lui faire peur. Mais j’ai mal maîtrisé ma trajectoire et lui, surpris, n’a pas eu le temps de m’éviter. Ses ailes sont passées sous les roues. Je suis descendue et j’ai dû finir le travail pour éviter qu’il ne souffre plus. Daisy était en larmes et m’a tournée le dos.
Ce n’est qu’après l’accident que j’ai réalisé ce qui s’était joué.
Je me suis promise d’arrêter d’essayer de séduire les canardes en couple au printemps suivant.
M.S.R.