Un atelier d'écriture ouvert à tous et toutes, les jeudis matin au Gazette café (quartier de la gare)
9 Avril 2026
La barque joyeuse affronte les flots mouillés de sel. Le Temps la suit et la remplit de sable. Elle vogue avec des rêves de péripatéticienne tentant d’échapper à son sort. Sur son pont, telles des vérandas avec vue sur le ciel, les pyramides du Temps s’accumulent. Et même si, régulièrement, les grains facétieux font des galipettes et les font s’affaisser, elles croissent, s’élèvent. Inexorablement, le Temps coule, tel un badigeon ocre et trop liquide.
Le ciel, par amitié pour la barge, dessine des nuages mimosas pour accompagner sa course et au-dessus d’elle, l’évanescence prend ainsi forme visible.
Mais la mer gonfle et s’agite. Hystérique, elle écume à présent, comme un forçat au travail. L’embarcation tangue et dévie de sa course jusqu’à atteindre un point de nul retour, sous la main du Temps. Plus lourde de minute en minute, sa coque mise à nue se craquelle, s’effrite bientôt. Par les failles ainsi provoquées, vers l’Orient, ou vers l’anti-Occident, le sable du Temps s’échappe dans les abysses de la mer avec un bruit de viole grinçante.
La bateau coule. Fin cruelle.
M.S.R.