Un atelier d'écriture ouvert à tous et toutes, les jeudis matin au Gazette café (quartier de la gare)
15 Janvier 2026
Début de l’atelier, je les regarde. Tous les trois très sages et dociles sur ce plan de travail gris. Couleurs douces et naturelles, dans le sens « issues de la nature ». La brillance factice de la calebasse vernie répond au poli du coquillage qui se laisse absorber dans le mat du caillou.
Une main prend le coquillage et le repose un peu plus loin. Il commençait tout juste à se sentir à l’aise et ouvrir ses écoutilles aux vibrations rugueuses et à la voix grave du caillou. Il est fâché et il boude. Je le remets dans sa position première et il entame une vraie danse immobile avec le caillou. Une nouvelle main éloigne le caillou.
Le coquillage, surpris, découvre la calebasse et prend le temps de l’observer, complètement lisse et fermée : un mystère... Elle est ronde, appétissante, légère, fine, mais aucune ouverture. N’est-elle qu’apparence ?
Je sens que le coquillage est agacé par ce manque de consistance et je finis par poser la pointe de la calebasse sur le dos renflé du coquillage : ils vont bien devoir communiquer.
Et en effet, la légèreté de la calebasse est portée par la solidité nacrée du coquillage, qui se fait soutenant, protecteur. L’harmonie s’installe, le lien se crée. Le coquillage chuchote des histoires de mers éloignées et turquoises à la calebasse dorée, brillante et attentive.
Pause café et lorsque je reviens, une dernière main a réuni les trois sujets. Le coquillage parle du caillou à la calebasse, de son assurance taiseuse, de ses valeurs solides.
La fin de l’atelier approche et mon café est entièrement siroté.
Un frémissement s’empare alors des voyageurs. Pas question qu’ils soient à nouveau séparés et je sens tout à coup un vague souffle et trois bruissements ocre, animal, végétal, minéral, prendre leur envol depuis la balustrade et s’échapper par la porte vitrée.
Ne restent sur la table qu’un simple caillou troué, une calebasse vernie et un coquillage recollé.
M.S.R.