Un atelier d'écriture ouvert à tous et toutes, les jeudis matin au Gazette café (quartier de la gare)
28 Mai 2026
C'est avec le philosophe et sociologue allemand Harmut Rosa que nous allons mener l'atelier de ce jour, sur le thème de l'accélération du temps.
Harmut Rosa dans son livre Aliénation et accélération (éd. La découverte) décrit la modernité à partir du phénomène d'accélération sociale. Ce phénomène se décompose selon trois dimensions :
Accélération technique : déplacements et communications plus rapides (qui produit un « rétrécissement de l'espace ») ;
Accélération des changements sociaux : changements plus rapides des habitudes et des modes (« rétrécissement du présent ») ;
Accélération du rythme de nos vies : impression de manque de temps permanent.
H. Rosa interroge la vie moderne pour répondre à la question : qu'est-ce qu'une vie bonne ? — et pourquoi nous fait-elle défaut ? une réponse possible se tient dans la question de l'accélération sociale envisagée comme aliénation.
Dans le passage choisi (pages 117 à 120), il s’intéresse à notre rapport aux choses, rapport qui s’est transformé, dans le contexte d’une transformation de notre rapport au temps. Les deux sont liés. L’évolution de notre rapport aux objets est témoin de la transformation de notre rapport au temps
Il y a des objets que nous produisons, des objets que nous consommons, et la relation intime que nous entretenons avec eux. Mais cette relation change selon la vitesse des échanges.
Comment notre rapport aux choses intégrerait-elle la dimension temporelle ? H.Rosa ouvre des pistes, dont celle du temps de remplacement. L'attachement s’inscrirait dans la durée. On le sait des rapports humains, une amitié se nourrit du temps qui passe, les liens se sont de plus en plus profonds, solides, avec le temps passé ensemble, aussi bien les moments partagés, que le fait d’avoir traversé des évènements, des époques.
Mais avec les choses ? Les objets ? Comment serions nous intimes ? Comment seraient ils constitutifs de notre identité ?
Plus l’objet devient sophistiqué, moins on sait le réparer, plus il s’éloigne de nous, plus il devient étranger nous dit H. Rosa.
Paradoxalement, les choses deviennent plus intelligentes (ont plusieurs fonctions) et je deviens de plus en plus bête, je me trouve désemparée devant, je perds des connaissances pratiques. S’opère une dévalorisation de soi, à la fois par l’incapacité de mobiliser toutes ses possibilités et l’image que me renvoie la société de ne pas savoir utiliser cette chose-là, cette technologie (H.Rosa dit : l’innovation tue l’expérience). A cela s'ajoute l'impossibilité de réparer les objets qui nous conduit à en acquérir d'autres.
Qu'est-ce que cela transforme en nous (pas seulement du coté du porte-monnaie) ?
Pour compenser cette perte, selon H.Rosa on achète des beaux objets, de luxe mais avec lesquels nous ne savons pas développer pas de relation intime.
Dans le texte que je vous propose d’écrire, il ne s’agit pas de développer une discussion, une critique ou de faire une dissertation. Il s’agit plutôt se vous situer d’un coté d'une expérience de relation aux objets. Vous situez vous :
- du coté de l’ordinateur dont vous ne connaissez même plus le nom, comme H.Rosa Il vous est devenu indifférent, peut être interchangeable, à l’infini ?
- du coté de vos vieilles chaussettes de montagne que vous avez reprisées trois fois et cela vous fait de la peine de devoir les jeter car, quand même, vous n’allez pas les repriser encore une fois, ça n’aurait plus de sens ?
- du coté de votre vieille chaise de jardin, un peu bancale, un peu rouillée, mais elle est là depuis si longtemps qu’elle fait partie de votre jardin ; ou encore, votre vieux tee-shirt, votre foulard qui vous a accompagné dans tous vos voyages etc. ?
Avez vous déjà donné un nom à un objet ? Nommé un balai, un aspirateur, un téléphone d’un petit nom ? Au début de la voiture qu'on appelait alors automobile, le fait de donner un nom était fréquent (Titine), certains font de leur vélo leur compagnon en leur attribuant un nom.
Le moi s’étend vers le monde des choses
Le moi est « poreux » aux objets
Choisissez une chose avec laquelle vous avez un rapport qui se transforme ou s’est transformé. il ne s'agit pas de raconter votre rapport à un objet mais les transformations qui s’opèrent, avec lesquelles vous composez ou vous refusez de composer. C’est votre vélo, votre machine à coudre, une poterie recollée sur votre terrasse. Comment votre rapport au changement, à l’accélération peut-il se cristalliser dans un objet ? Mais peut-être avez vous décidé de vous laisser prendre par l’accélération, la frénésie et vous remplacez les objets avec lesquels donc, selon H.Rosa vous n’avez plus aucune intimité ? On peut aussi être entre les deux, composer pour certaines choses et refuser pour d’autres.