Un atelier d'écriture ouvert à tous et toutes, les jeudis matin au Gazette café (quartier de la gare)
4 Décembre 2025
Je marche dans la rue. A chaque pas, je prends possession de la rue. Le revêtement sous mes pieds m’appartient. Chaque regard fait exister ce que je vois. Les portes cochères, les vitrines, les panneaux, les affiches. Comme si le décor se dessinait au fur et à mesure de ma déambulation. Avant moi, il n’y avait rien. Mon regard remplit l’espace peu à peu, il dessine la page blanche. Ici, le distributeur de billets de la banque. Là, l’enseigne lumineuse de la pharmacie. Un passage piéton, le croisement d’une rue, les rails du tram. Mon regard découvre, mon regard dessine. Mon regard écoute, aussi. La sonnette d’un livreur à vélo, les pleurs d’un bébé dans sa poussette, le roulis du tram, le claquement des talons d’une paire de bottines. Le monde est créé par les sons, ils animent les images, font passer du noir et blanc à la couleur. Je ne suis plus seule dans la rue. Les passants font partie du décor, nous nous croisons sans nous frôler, chacun est enfermé dans sa bulle. Mon regard prend possession d’eux. Ils ne le savent pas mais ils m’appartiennent. C’est moi qui les ai dessinés dans le décor. Ils n’ont pas d’existence propre en dehors de moi. Je leur invente une vie. Chaque passant croisé est une rencontre possible.
Cécile Glaenzer