Un atelier d'écriture ouvert à tous et toutes, les jeudis matin au Gazette café (quartier de la gare)
19 Mars 2026
Ce matin, le thé est avalé très vite. Sans sacrifier à tous mes rituels matinaux, je les mets cependant en œuvreà une allure légèrement supérieure. Comme lorsqu’on écoute un podcast en vitesse 1,25 ou 1,5. Mais là, ce n’est pas pour aller plus vite, c’est pour que les gestes soient plus intenses, plus ancrés.
Déroulé du tapis de Pilates, je remarque aujourd’hui son bleu profond. Bleu outremer ? Bleu turquoise ? Ces questions incidentes m’amusent. Elles me préparent aux détails, aux recherches qui vont suivre.
Exercices d’assouplissement, je sens mes muscles qui répondent, ils sont toniques, présents, en pleine forme. Ils vont ensuite porter mon corps tout léger et fluide qui monte l’escalier, et l’installer au bureau. Cette longue planche de pin toute simple, patinée par les manches de pulls, les miettes de gâteaux, les tâches d’encre, a toute une histoire derrière elle, bon nombre de déménagements et elle est accueillante. Vaste espace de travail, poste privilégié de recueil.
J’allume l’ordi, et débarrassée des tâches incontournables pour assurer une gestion utile et pragmatique du réel - résiliation d’une assurance, mail à la mutuelle, appel à cet ex-collègue qui demande des infos...-, je n’ouvre qu’un page internet, celle du CNRTL, que j’ai piquée à Lola Lafon et qui me donne l’impression volée mais douillette, d’une complicité avec elle.
Marguerite, ma grand-mère.
L’idée qui a germé hier soir, nourrie la nuit dernière par un sommeil de plomb - mon corps devait savoir qu’il avait besoin de ce ressourcement - peut pointer au bout du stylo.
Ils sont tous là mes stylos, feutres, encre, gris, bille, de toutes les couleurs. Je change au gré des jours et ils font partie du plaisir, ça glisse ou ça accroche sur le papier et ça donne des formes et des ambiances différentes à mes phrases. Ils sont complices du texte. Je rature, je biffe, des flèches, des bulles. Une petite jungle de mots.
La page du CNRTL quand je cale ou cherche le mot juste. Cette nécessaire patience de la recherche, de l’essai des mots au milieu du jaillissement de la phrase.
J’ai oublié l’heure, mais quand, bien plus tard, j’entends la porte s’ouvrir en bas, je redescends l’escalier sautillante, les doigts et les idées riches d’images.
Ce matin, sous l’empreinte de mes stylos, s’est dessiné à nouveau le rire de ma grand-mère.
M.S.R.