Un atelier d'écriture ouvert à tous et toutes, les jeudis matin au Gazette café (quartier de la gare)
19 Mars 2026
La joie d’écrire
Pour cet atelier, nous nous replongeons dans le roman de Giono Que ma joie demeure.
Nous sommes dans un monde violent, anxiogène, la peur nous envahit. On peut être inquiet pour nos lendemains et ceux de nos proches, mais pour autant connaître la joie. La joie c’est la simplicité nous dit Bobi, le héros de Que ma joie demeure, la joie est faite de rencontre, de moments partagés, de ces petites étincelles au milieu du boucan du monde si, comme Bobi nous y invite, nous levons les yeux vers le ciel et nous nommons la beauté, nous la nommons pour la partager. Eprouver de la joie est donné à tous et toutes.
La joie n’est pas superficielle, la joie est profonde, la joie s’accroche au dedans de nous à quelque chose de solide.
Être joyeux c’est une attitude dans la vie, qui n’est pas un optimisme béat, ou de la désinvolture . Ce n’est pas une posture d’indifférence ou de superficialité. C’est une capacité tout à la fois à l’émerveillement, à la beauté, au lâcher-prise et à la capacité à la rencontre avec les autres, à travers une œuvre, que cette œuvre soit le fruit d'une création humaine ou une œuvre offerte par la nature. La joie se cultive aussi, c'est ce que suggère le titre du roman de Goliarda Sapienza L’art de la joie. Et la joie peut aussi s'éprouver dans l'action, avec d'autres, c'est ce qu'exprime ce vers de Cendrars Nous dûmes nous battre, et comment ! Et avec quelle joie! La joie est aussi une énergie.
Giono : Que ma joie demeure
Un hameau agricole sur un plateau de Haute Provence, le plateau Grémone, au début du XX°s.. Jourdan, fermier, travaille durement, peine sur sa terre, comme ses congénères. Arrive Bobi, un vagabond, un saltimbanque, qui tente de ramener la joie, la spontanéité et la beauté d'une nature sauvage sur ce plateau. Bobi leur apprend la nécessité de l'inutile, du temps… comme la constellation d'étoiles Orion-fleur de carotte, la nature au printemps, la présence d'un cerf, la beauté d'un champ de narcisses ou de pervenches. Ce roman est un hymne à toutes les beautés, celles offertes par la nature mais aussi celles des hommes.
Bobi est capable de retrouver la poésie pure, il, sait repoétiser la vie.
Alors la parole de Bobi devient une source de joie : le poète (Giono) propose « un certain emploi des mots, différent de l’emploi ordinaire, par lequel ils deviennent figures d’une chose autre que celle qu’ils continuent à désigner, et qui s’arrange pour que leurs sonorités et rythme [...] deviennent source de plaisir » .
Le pouvoir incantatoire du langage employé par Bobi finit par séduire, charmer et enchanter tous ceux qui se trouvent sous l’emprise de sa parole magnétisante comme en témoigne l’exemple de Jourdan qui finit par reconnaître que « toutes les étoiles étaient vraiment des fleurs de carotte » (cf extrait ci-après).
La proposition d'écriture : Ecrire la joie de la création
Ecrire pour sortir de soi ce qui nous anime ou nous ruine, pour faire acte de création n’est pas facile, cela nous met en face de nos blessures, de nos manques. Il arrive que l'on parte joyeux dans un texte, et qu'en chemin on rencontre nos tristesses, nos larmes, nos peurs.
Mais écrire peut être joyeux, comme peindre, faire de la musique, danser… tous les actes créatifs peuvent apporter de la joie.
A quel moment l’écriture (ou la peinture, ou…) vous rend elle joyeux ? au moment où vous trouvez le mot juste : la joie du mot qu'on goute ? au moment où vous créez un personnage ? au moment où vous dépassez la page blanche, ou celui où vous l'avez remplie ? mais on peut aussi éprouver de la joie dans cette possibilité de se mettre à l’écart du monde, d’entrer dans une bulle pour écrire, dans un moment volé au monde.
Aujourd'hui, essayez d'exprimer une joie de créativité, cette jubilation que vous avez certainement éprouvé un jour, en atelier ou chez vous, dans une pratique artistique ou une autre .
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– Tu te souviens, dit Bobi, de la grande nuit ? Elle fermait la terre sur tous les bords.
– Je me souviens.
– Alors je t’ai dit : regarde là-haut, Orion-fleur de carotte, un petit paquet d’étoiles. Jourdan ne répondit pas. Il regarda Jacquou, et Randoulet, et Carle. Ils écoutaient.
– Et si je t’avais dit Orion tout seul, dit Bobi, tu aurais vu les étoiles, pas plus, et, des étoiles ça n’était pas la première fois que tu en voyais, et ça n’avait pas guéri les lépreux cependant. Et si je t’avais dit : fleur de carotte tout seul, tu aurais vu seulement la fleur de carotte comme tu l’avais déjà vue mille fois sans résultat. Mais je t’ai dit : Orion-fleur de carotte, et d’abord tu m’as demandé : pardon ? pour que je répète, et je l’ai répété. Alors, tu as vu cette fleur de carotte dans le ciel et le ciel a été fleuri.
- Je me souviens, dit Jourdan, à voix basse.
– Et tu étais déjà un peu guéri, dis la vérité.
– Oui, dit Jourdan. Bobi laissa le silence s’allonger. Il voulait voir. Tout le monde écoutait. Personne n’avait envie de parler.
– De cet Orion-fleur de carotte, dit Bobi, je suis le propriétaire. Si je ne le dis pas, personne ne voit ; si je le dis tout le monde voit. Si je ne le dis pas je le garde. Si je le dis je le donne.
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