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Un atelier pour écrire, à Montpellier

Un atelier d'écriture ouvert à tous et toutes, les jeudis matin au Gazette café (quartier de la gare)

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Un texte écrit en atelier, le jeudi 26 mars 2026 - « Une famille heureuse »

Jeudi 26 mars 2026 - « Une famille heureuse »

« Gigot, haricots verts, oui ce sera très bien pour dimanche. Et pour le dessert ?... Bon, je demanderai à Aline d’en faire un, c’est quand même l’anniversaire de son grand-père !»

Trois ans qu’ils ne s’étaient pas vus. Ils n’habitaient pourtant pas si loin l’un de l’autre. Juste la ville à traverser. Certes Marseille, ce n’est pas rien, mais trois ans tout de même. Lui au nord, elle au sud.

Il avait invoqué son boulot, sa femme un peu souffrante. Elle avait décodé « jalouse », en sous-texte. Il n’avait pas eu besoin de développer, ils s’étaient compris avec un petit silence au téléphone.

La vie finalement ça passe vite. Trois ans à faire des gigots d’agneau avec des haricots verts, au moins une fois par trimestre, ça fait bien une douzaine de gigots, soit six agneaux et quelques kilos de haricots. Heureusement son mari ne se lassait jamais. Elle avait du mal à innover sur les repas de famille. Pour ce qu’il en restait de la famille. Son père, tous les dimanches et puis de temps en temps, les deux autres frères plus jeunes. Moins proches, mais bizarrement plus présents que l’exilé des quartiers nord.

Cette année cependant, le plus jeune avait du sentir sa lassitude et sa légère déception qu’elle ne voulait plus vraiment cacher, même si elle s’accompagnait de la résignation propre aux sœurs aînées.

Le mois dernier, expo de Bioulès à la Vieille Charité, le plus jeune l’avait entraînée et il avait dû voir son étonnement devant ce tableau. Étonnement suivi d’un sourire triste en lisant son titre. Questionnée, elle avait grommelé « Famille heureuse, oui, bon... ». Elle, elle voyait l’image d’elle-même et de cette famille prétendument heureuse. Et surtout ce regard fatigué, cerné, dans cette robe stricte et ce salon convenu. Une représentation assez juste de son état actuel. Elle s’était demandé si Bioulès avait aussi une grande sœur.

Le plus jeune avait donc secoué la poussière accumulée sur les trois dernières années et avait organisé ce repas, l’anniversaire du père, vestige d’un temps ancien où ils se retrouvaient tous régulièrement. Avait été invoquée la santé de ce père, déclinante, et la belle-sœur avait eu du mal à servir d’excuse.

Donc ce dimanche, gigot d’agneau et haricots verts pour ce père mais en fait pour ce frère qui s’était éloigné. Elle n’en attendait cependant pas grand-chose...

 

M.S.R.


 

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