Un atelier d'écriture ouvert à tous et toutes, les jeudis matin au Gazette café (quartier de la gare)
18 Juin 2026
Le thème de l'atelier de ce jour m'est venu lors de la visite de l'exposition du sculpteur Jaume Plensa Mirage, au Carré sainte Anne à Montpellier : Et si le silence était la condition du dialogue ?
...en déplaçant la proposition : et si le silence était la condition de l'écriture ?
Nous partageons deux textes : un extrait du Silence de la mer de Vercors, un poème de Louise Warren : Parfois le silence est tellement tout.
Et l'extrait d'un interview de la poétesse, Consuelo Arriagada :
La poésie est portée aussi par le silence, le silence intérieur que permet une certaine disponibilité, le silence de l’écriture, le silence entre le vers, le silence qui se révèle dans cette espèce de dédoublement de soi que Rimbaud a exprimé d’une façon si brillante.
Nous vivons au milieu du bruit, d’un ensemble de bruits : rumeurs incessantes de la scène publique et privée, des notifications sur nos téléphones, des messages, des publicités etc. autant de bruits qui capturent notre temps et notre disponibilité. Don DeLillo parlait, dans son roman éponyme White noise (2005), des « bruits blancs » en tant que symptômes de la postmodernité.
Auxquels s’ajoutent les bruits réels, mesurables, des environnements dans lesquels nous nous trouvons : les bruits de la rue, les voitures, les bandes son des magasins jusqu’à la musique des ascenseurs.
La lecture consiste en un retrait temporaire du monde puisqu’il est difficile de lire ailleurs que dans le silence comme le dit avec humour Groucho Marx : Je trouve que la télévision est très favorable à la culture. Chaque fois que quelqu’un l’allume chez moi, je vais dans la pièce à côté et je lis.
Le silence est devenu une denrée rare, un luxe, pour lequel on est prêt à payer : retraites spirituelles ou non, vacances, cabane aux fonds des bois ou recherche d’une ile…
Il existe plusieurs types de silence :
Absence de tout bruit, calme complet. Le silence de la nuit, celui qu'on recherche dans la nature.
Le fait de se taire, de ne prononcer aucune parole. Le fait de ne pas porter à la connaissance d’autrui ce que l’on pense, ce que l’on sait. Passer quelque chose sous silence, choisir délibérément de ne pas en parler : aimer en silence ; la loi du silence, l'omerta. On peut évoquer le livre de Virginie Linhart sur son père Robert Linhart : Le jour où mon père s’est tu. Par analogie, l'interruption des contacts, des relations, en particulier épistolaires. Il y a longtemps que je n’ai reçu de vos nouvelles : quelle est la cause de votre silence ?
il y a les silences de ceux qui ne parlent pas, ou pas assez fort, ou qu’on n’entend pas : exclus, minorités diverses, ceux qui ne se font pas entendre, ou encore les personnes qui ne peuvent pas parler : autistes, aphasiques, muets.
il y a le silence sur des sujets qui fâchent, dont on ne parle pas, sujets dérangeants, tabous, interdits (selon les époques)
il y le silence de l’indicible, ce qui ne peut pas se dire, ne trouve pas les mots pour le dire (génocide…), le silence de la souffrance.
il y a le silence intérieur : se calmer, se centrer sur soi.
il y a les phénomènes de silences narratifs (ellipses, suspensions, implicites, non-dits, hors-champs etc.) qui encouragent l’interprétation.
Marquer un silence : en musique, en danse, c'est l' interruption volontaire du son, d’une durée donnée, dans une phrase musicale ou dans un mouvement de danse.
Proposition d’écriture :
L’écriture vient du silence. Monique Proulx
Écrire c'est aussi ne pas parler. C'est se taire. C'est hurler sans bruit. M. Duras
De quel silence écrivez vous ? En quoi le silence participe t’il de votre écriture ?
Contrainte d’écriture : Lipogramme : vous écrivez sans la lettre i.