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Un atelier pour écrire, à Montpellier

Un atelier d'écriture ouvert à tous et toutes, les jeudis matin au Gazette café (quartier de la gare)

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Ricochets

Jeudi 22 janvier 2026 – Ricochets

Cadre : extérieur, vue sur le chemin et la porte d’entrée de la ferme des Banigots. A gauche de la porte, une fenêtre ouverte devant laquelle est installé un vieux fauteuil en plastique blanc.
  • Pierrot ! Pierrot !

Une voix féminine claire, presque tonitruante mais non dénuée de douceur appelle.

  • Pierrot !

A nouveau, comme un écho en ricochet. Quelques minutes se passent, on entend le bruit d’une arrivée en courant. Le rythme d’impacts sur le chemin indique que ce sont de petites jambes : cinq, six ans peut-être ?

A nouveau, la voix qui s’estompe et s’étouffe dans le sombre de la cuisine qui donne directement sur le chemin.

  • Allez viens garnement, tu es parti sans déjeuner ce matin, viens prendre une tartine. Que va dire ta mère si tu rentres tout maigrichon ?...


 

Cadre : intérieur, cuisine de la ferme des Banigots.

Pierrot, assis sur une chaise avec deux coussins pour rehausseur. Devant lui, un bol de lait fumant et deux énormes tranches de pain couvertes de Nutella. Son regard brille. Chez lui, à Montpellier, il n’y a pas droit, sa mère lui a expliqué des trucs sur l’huile de Parme dedans qui n’est pas bonne du tout. Il n’avait pas bien compris mais avait opiné. Arrivé aux Banigots la semaine dernière pour les vacances, il avait questionné sa grand-mère. Elle avait toujours le temps de lui expliquer et avait toujours une réponse à ses innombrables questions. Et Mamie avait donc le plus sérieusement du monde émis sa théorie sur l’huile de Parme. Certes, ce n’était pas une bonne chose mais à la campagne, dans le lait des vaches, ça se « diluait » et cela ne posait plus de problème.

Mamie sourit en regardant Pierrot qui dévore ses tartines avec délice. Elle sait qu’il aime ce poison...

Pierrot voit un demi disque blanc dépasser de la fenêtre qui donne sur le chemin. Lui revient une image quotidienne qui l’intrigue.

  • Mamie, qu’est ce que tu attends assise sur ton fauteuil devant la maison tout l’après-midi ?

La vieille femme sourit tendrement. Que va-t-elle bien pouvoir inventer encore ? Elle pense à Simon dont les obsèques seront dans deux jours et se lance.

  • Et bien, j’observe la vie pour ne rien oublier. Les tracteurs qui passent, les bêtes qui vont et viennent, les voisins, les cyclistes qui attaquent la côte devant la cuisine, les arbres qui s’élèvent. Quand j’aurai tout observé, je pourrai partir sereine, tout vivra encore en moi après.

Elle se dit immédiatement qu’elle s’est laissée emporter par ses pensées tristes pour Simon et regrette ses mots. Elle ajoute pour adoucir l’instant :

  • Mais c’est pas demain la veille que j’aurais tout emmagasiné, tu sais !

Mais Pierrot n’aime pas trop cela, imaginer que Mamie ne soit plus là, à lui raconter tout sur toute chose.

La vieille femme range la table. Pierrot sort sans bruit. Il doit absolument enrayer ce déroulé, faire en sorte que le film ne puisse se passer ainsi.

 

Cadre : extérieur, vue sur le coin de la grange de la ferme.

Un bruit de pas, moins rapide, approche. Un petit bonhomme apparaît à droite de la photo, il porte un fauteuil en plastique blanc, et le cache au coin de la grange.

Sans fauteuil, pas de collecte d’image, Mamie ne partira pas avant longtemps.

Le bonhomme redescend le chemin d’un pied léger, rassuré, et disparaît du cadre.

 

M.S.R.

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