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Un atelier pour écrire, à Montpellier

Un atelier d'écriture ouvert à tous et toutes, les jeudis matin au Gazette café (quartier de la gare)

Atelier du 8 octobre : Les asperges, en botte ou à l'unité, d'Edouard Manet

         En 1880, au crépuscule de sa vie, Édouard Manet signe deux tableaux représentant des asperges. Insignifiantes à première vue, elles fascinèrent pourtant Georges Bataille et beaucoup d'autres.

« Manet figure dans l'histoire de l'art, dans l'histoire de la peinture du XIXe siècle, comme celui qui a modifié les techniques et les modes de représentation picturale, de manière qu'il a rendu possible ce mouvement de l'impressionnisme qui a occupé le devant de la scène de l'histoire de l'art pendant presque toute la seconde moitié du XIXe siècle. Mais il a aussi opéré des modifications qui, au-delà de l'impressionnisme, ont rendu possible la peinture qui allait venir après. » -Michel Foucault , La Peinture de Manet, conférence à Tunis, le 20 mai 1971.

 

    La peinture, l’oeuvre nous apprend à voir, elle fait naitre en nous un regard, une attention, elle nous mobilise, le spectateur·trice que nous sommes est interpellé, ému, sa curiosité est émoussée. La peinture nous regarde, nous rend présent·e au monde.

« Ils se sont rendu compte que personne ne voit la présence des choses, mais uniquement les choses présentes, et que la peinture a justement ce pouvoir insigne de la donner à voir ».

Paul Audi, philosophe, spécialiste d’esthétique.

 

Avril-mai 1880, c’est la saison des asperges, de sa consommation. L’asperge s’est démocratisée. Issue des cultures intensives, elle n'est plus ce mets de luxe réservé à une époque à la cour des rois de France. La botte que Manet peint pour Charles Ephrussi, riche collectionneur, est une commande. Cette commande s’avère promesse de plaisir.

Chez l'artiste, tout est social, même l'insignifiant, et tout est personnel. Car quand il peint ces asperges, Manet est malade (il souffre d'ataxie, liée à une syphilis contractée jeune. L'ataxie regroupe différents syndromes neurologiques se manifestant par un manque de coordination fine des mouvements volontaires.)   Depuis un certain temps déjà, il souffre physiquement, alors il peint des petits tableaux. Il s’est tourné vers les natures mortes ( still life en anglais), peintures qui sont aussi un hommage aux natures mortes des Hollandais.

Mais, dit G. Bataille ces asperges sont à la fois mortes et enjouées. Nature morte, silencieuse, mais pas morte. Manet reprend l’idée de la nature morte : entre le finitude de la vie et le fait d’en profiter. En regardant de près ces asperges, on a l’impression qu’elles vont décoller, ces asperges sont vigoureuses,.

En mettant en scène des objets du quotidien, Manet offre une méditation sur la simple existence de ces objets. Le tableau donne la sensation d’exister. Pure présence, ces asperges parlent de vie, érigées, trônant sur leurs feuilles de salade : il y de l’ironie, de l’humour dans le fait de donner tant d’importance à une botte de légumes ; c’est grandiose et dérisoire à la fois. 

Avec cette botte d’asperges -on pourrait aussi évoquer Cezanne, avec ses pommes- Manet crée un monde.  La peinture a ce pouvoir de créer un monde, d’aller au-delà de la réalité.

Avec ce choix de peindre des objets du quotidien, Manet et son tableau, fut grandement décrié. ce que rapporte d'une certaine façon Marcel Proust dans ce dialogue, extrait de Le côté de Guermantes 

[le duc de Guermantes] : Swann avait le toupet de vouloir nous faire acheter une Botte d’Asperges . Elles sont même restées ici quelques jours. Il n’y avait que cela dans le tableau, une botte d’asperges précisément semblables à celles que vous êtes en train d’avaler. Mais moi je me suis refusé à avaler les asperges de M. Elstir. Il en demandait trois cents francs. Trois cents francs une botte d’asperges! Un louis, voilà ce que ça vaut, même en primeurs!

Le collectionneur d'art Charles Ephrussi avait commandé en 1880 à Manet cette nature morte représentant une botte d'asperges, pour la somme de 800 francs. À la réception de l’œuvre, il lui en donne 1 000. Manet décide alors d'offrir un nouveau tableau, de plus petites dimensions, à son généreux commanditaire, qu'il lui envoie accompagné du billet suivant : « Il en manquait une à votre botte. » (le tableau est visible ici) 

Don, délicatesse, élégance du peintre.

Qu’est-ce que le peintre donne ici à voir, entre la botte d’asperges et l’asperge toute seule ? 

Il y deux tableaux, distincts, deux tableaux qui ne peuvent pas être réunis.

Faits de la même économie, même fond, même socle… ces deux oeuvres racontent une histoire. Le 2° tableau laisse entendre qu’il manque toujours quelque chose à une œuvre d’art -ici une asperge- et ce qui manque ressort. Cette asperge est à la fois en moins et en trop. En peignant cette asperge manquante, Manet reprend sa liberté, là où il y avait eu commande. 

Piste d’écriture :

Ces deux tableaux sont aujourd'hui à deux endroits différents (musée d’Orsay, Paris et musée de Cologne, Allemagne), mais imaginons que les deux soient réunis dans une exposition dédiée à Manet.

Vous visitez cette exposition et en sortant, vous écrivez une carte postale à un·e ami·e, à une personne avec qui vous avez envie de partager cette rencontre avec les deux tableaux de Manet.

 

Pour poursuivre, vous pouvez écouter le podcast de France culture  ici

 

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